She’s Gotta Have It – Netflix

EN-FIN. Une série qui met en lumière la puissance féminine et la liberté sexuelle. La dernière en date qui avait conquis mon cœur féministe était Sex and the City. Oui, c’est vieux, mais pour avoir binge-watché les 6 saisons l’année dernière, je peux vous dire que c’est loin d’être obsolète. Certes, j’avais déjà eu ma dose d’œstrogènes musclés avec Orange is the new black, mais il est difficile de s’identifier à des taulardes. Je ne vous dis pas qu’une artiste afro-américaine new-yorkaise correspond tout-à-fait à ma vie de babtou française biologiste, mais on se rapproche quand même de ma réalité.

She’s Gotta Have It – Netflix

She’s Gotta Have It, c’est d’abord un petit bémol : le titre en français. « Nola Darling n’en fait qu’à sa tête », avec une police toute fofolle et colorée, qui n’est pas sans rappeler Lizzie McGuire. Alors, évidemment, ça ne donne pas très envie. On a l’impression qu’on va se plonger dans la vie d’une adolescente retardée, qui multiplie les conquêtes, et croque la vie à pleine dents, comme la petite canaille qu’elle est ! L’explication est simple : She’s Gotta Have It c’est d’abord un film, réalisé par le même grand monsieur que la série : Spike Lee. J’imagine donc que, pour rester fidèles à l’original, et susciter la curiosité des fans du film, Netflix France a jugé bon de reprendre ce titre, traduit ainsi à la sortie du film en 1986. Soit. Toujours est-il que j’ai jugé bon de tester, n’ayant plus grand-chose à mater.

She’s Gotta Have It – Netflix

30 minutes plus tard, je laissais défiler la suite de ce petit bijou. Le décor est planté directement : vous ferez partie intégrante de l’histoire, puisque tout le monde a truc à vous raconter, droit face caméra, pile au centre du cadre. Vous avez beau savoir que vous n’êtes pas le seul à regarder, vous avez quand même envie de croire qu’on vous confie quelque chose. Vous êtes donc déjà attachés, ou détachés des personnages. L’incroyable travail effectué sur l’esthétique finit de vous envoûter. Images du vieux Brooklyn, de l’actuel, des hipsters qui l’envahissent, de la ségrégation… sur un fond musical qui vous plonge dans la culture afro-américaine. Soul, hip-hop, jazz… Tout y est, et même les pochettes des sons à la fin de chaque scène. Rien que pour cette idée géniale, chapeau. Mais cette série c’est surtout l’époustouflante Nola. Les cheveux libérés de tout fer, elle nous accueille dans son univers par la grande porte : celle de sa chambre, sur son Loving Bed.  Premiers mots, elle pose les bases : elle mène la danse, elle contrôle, elle gère. On a envie d’y croire et on se  prête au jeu. On découvre un à un ses amants, et leurs personnalités atypiques. On voit déjà le puzzle sentimental se monter, on comprend ce que chacun apporte à sa majesté. Nola est libre. Elle décide où, quand, comment, avec qui. En bref, c’est un chaud lapin. Elle agit comme n’importe quel homme de n’importe quelle série, sauf que voilà : c’est une femme. Et ça les gêne, à ces messieurs. Parce que Nola assume, et c’est déjà ça la grosse différence par rapport à n’importe quel personnage. Elle n’a jamais laissé planer le doute sur sa vision de la sexualité. Elle ne se contente pas d’un homme, et qui oserait la blâmer ? Trop forte.

She’s Gotta Have It – Netflix

Et pourtant. On observe au fil des épisodes les failles qu’affronte au quotidien chacune d’entre nous. Nous, la moitié de la population, qui subit les regards aguicheurs, lourds, perçants de nombre de pervers dans la rue. Pour une démarche trop ambitieuse, un décolleté trop plongeant, une jupe trop courte… mais surtout simplement rien. Même une femme forte et indépendante telle que Nola Darling  ne saurait dignement résister à ces violences verbales ou physiques. Courir dans la rue, au 21ème siècle pour fuir un prédateur en pleine nuit, c’est universellement traumatisant. Et c’est à ce moment précis qu’on s’identifie pour la première fois vraiment au personnage. Et c’est rageant que ce soit dans le manque de liberté qu’on se confond dans sa vie. On pourrait pourtant nous aussi être libre dans nos choix et ne pas se sentir sale quand on sort un peu du cadre. On aimerait pouvoir, nous aussi, sans forcément le vouloir, fréquenter plusieurs personnes, et y voir là une certaine liberté. Mais il faut pouvoir se le permettre… Et bien Nola nous apprend que nous avons le devoir de nous le permettre. Que si ce n’est pas pour un choix de partenaire, ce sera pour autre chose, mais qu’il ne faut pas laisser le temps et les conventions sociales nous bouffer. Elle défend corps et âme sa culture, ses racines, à travers des portraits incroyables de beautés noires, qui respirent la fierté, d’une culture qu’on connaît, qu’on observe, et qu’on ne prend pas toujours le temps de comprendre.

She’s Gotta Have It – Netflix

Alors si vous avez envie de refaire votre playlist, de découvrir Brooklyn et de prendre un bon bol d’air polyamoureux, FONCEZ !