Au Canada, il y a peu de jours fériés. Mais il existe un week-end magique, où tout le monde part : c’est en mai 2014. L’occasion pour moi de me greffer à l’un des voyages organisés proposés à mes amies en stage au Québec : on partait pour New-York. Mais avant, 12h de bus m’attendaient, avec entre-temps le passage aux et là, on a presque envie de se marrer. Après 1h d’entretien individuel, on repart tous (je crois) avec nos affaires. Visiblement, aucun d’entre nous n’a d’envie terroriste ; n’a participé à des génocides ; à la seconde GM aux côtés des nazis ; ne porte de drogue sur lui pour en faire un trafic de l’autre côté ; ou ne projette de tuer quelqu’un dans un futur très proche. Vous l’aurez compris, petit quizz à la “découvre ta nature profonde : ange ou démon ?”. Je passe évidemment comme une lettre à la poste. Attention quand même, il aura fallu bien préparer mon billet retour et mon hébergement, en expliquant que je n’ai surtout pas prévu de rester… Je me considère chanceuse, puisqu’une amie y aura passé 4h à Pâques… 6h plus tard, mon voisin me réveille gentiment pour me montrer le lever du soleil sur Manhattan. Là : grosse claque. Quelques instants après, je prends le  métro,  pour atteindre la station la plus proche de l’hôtel : World Trade Center. Carrément. Voilà mes pieds qui foulent les premiers trottoirs, aux environs de 7h du matin. A ce  moment-là, je suis la plus petite des gamines du monde. Je me sens à moitié écrasée par toute cette immensité, et à moitié transportée par ces structures qui caressent le ciel.  Je marche les yeux en l’air, en titubant, un vieux plan à la main… Si je vivais ici, je me détesterai sûrement. J’arrive à l’hôtel pour attendre les filles qui doivent m’y retrouver. Je me pose sur le canapé, et tombe dans un sommeil plus rapidement et profondément que jamais. Je me réveille en entendant : “Bon alors là-haut y’a les chambres !”. Petit accent québécois… J’ouvre un œil : les copines ! La journée va commencer, alors que la précédente semble ne jamais s’être vraiment terminée. On pose nos affaires, et on décolle.

On fonce tout droit pour rejoindre admirer la vue sur Ellis Island, juste à côté de la Statue de la Liberté. On n’en revient pas de ce qu’on voit, d’être là. Comme un gamin qu’on amènerait pour la première fois à Disneyland. Demi-tour pour retrouver le pont de Brooklyn, en passant par Wall Street. Là ça pue le fric, mais bien comme il faut. Des vieux bâtiments imposants, surveillés par des statuts de lions et des colonnes romanesques en veux-tu, en voilà, des mecs en costard qui courent après leur vie… Voici l’Amérique, noyée dans sa soif de pognon et de puissance. A y réfléchir, j’étais certainement passée devant la Trump Tower, sans m’en préoccuper. Si j’avais su… Puis, on longe les bords de l’eau, à la fraîche sous ce soleil du Sud qui embaume nos petits cœurs gelés par le Canada. On atteint le fameux, l’impressionnant pont de Brooklyn. Un monde infernal, mais on profite de notre petite balade jusqu’à moitié pont, parce que bon, après faut revenir quand même. On y admire la vue, se repose un peu pour garder nos forces. Je revois les images de Miranda qui retrouve son bien aimé dans Sex and The City. Je réalise alors qu’on est dans la ville la plus cool du monde, inspirant tant de films, d’artistes et que j’ai une sacrée chance d’y être. Dommage qu’on n’ait pas le temps de passer une après-midi côté Brooklyn, mais trois jours, c’est bien trop court.

Pour l’heure, on rejoint Chinatown et Little Italy, où on a prévu de renflouer nos ventres, criant famine depuis le lever du soleil. On change complètement de décor en deux rues, passant des grattes-ciels aux briques, nous voilà du côté des quartiers d’un autre monde, où on découvre une ambiance loin de la culture américaine. Ici, plein de petites épiceries se succèdent et on y trouve de tout. Des poissons séchés, en poudre, en poche, en tube, un cochon pendu derrière le comptoir, des légumes et condiments totalement inconnus au bataillon, des jouets, des gadgets… Une seconde, et on se croirait en Asie. Mais toutes les cultures s’y retrouvent, et on côtoie enfin les new-yorkais dans leur milieu naturel, alors qu’ils semblent volatilisés dans les endroits plus touristiques.

On continue notre marathon, en pénétrant dans Little Italy, dans les mêmes environs, puisque c’est largement englobé dans un Chinatown beaucoup plus développée. Là, c’est plus l’univers de West Side Story avec des escaliers de secours rouges, blancs, jaunes qui grimpent aux immeubles… L’ambiance latine est bien là, avec le soleil qui nous réchauffe, comme un retour rapide en Europe. Les charcuteries, l’odeur des pâtes fraîches, les beaux restaurants… Bref, c’est l’heure de manger !     Nous voilà donc installées au parc, relâchant la pression et la fatigue accumulée… Première matinée très bien maîtrisée. On a même le temps d’aller sur Time Square plus tôt que prévu.

C’est le temps parfait, les nuages se reflètent sur les vitres éclatantes, les rayons du soleil se fraient un passage à travers les drapeaux et les immeubles. Si bien qu’on perd la notion du temps, avec la luminosité réduite par la taille des géants de fer. Après un bref aperçu de Time Square de jour, on passe prendre nos places pour le Top of the rock, afin de pouvoir admirer la vue du tout New York le lendemain pour le coucher du soleil… Et oui, les places partent vite pour ce moment-là. Donc à réserver sur Internet ou à acheter sur place la veille. La nuit tombe sur Time Square et  on n’ose même plus se demander quelle heure il est, on y voit comme en plein jour, toutes les boutiques ferment à 00h ou 2h du matin, et c’est rempli de monde. Encore une fois, on retombe en enfance, on est comme ébahis devant tout ce spectacle de jeux de lumières. Et je crois que c’est ça qui fait partie de la magie de cette ville, c’est que tout est un show permanent. Dernière étape de la journée, et pas des moindres : monter 45 étages pour découvrir une vue à 360°C sur Manhattan, de nuit. C’est le Mariott du coin qui propose ça aux clients et visiteurs, un bar panoramique rotatif, qui en une demi-heure vous fait faire le tour de la ville sans avoir bougé de votre siège. Pour finir la journée, c’est le top. N’ayant pas l’âge requis à l’époque pour tester les folles soirées qu’offre la Big Apple, je ne saurais vous conseiller à ce sujet. Mais le lit, c’était sympa aussi.

​Lendemain matin, c’est à quelques mètres à peine que commence notre première visite de la journée : le mémorial du 11 septembre, à l’emplacement des tours jumelles. Le fond n’est pas visible, on voit juste un gouffre immense où se jette l’eau, qui part des bords de la structure carrée, où on peut lire les noms des victimes de l’attentat, creusés dans le métal. C’est  l’endroit le plus impressionnant et émouvant que je n’ai jamais vu. C’est paisible, calme. Et en même temps si fort, et bouleversant. Votre estomac en est retourné, vous sentez le vide, sous vos pieds, la détresse de ceux qui sont partis. Les images de 2001 me reviennent en mémoire. Ils ont relevé leur défi : ne pas laissez les gens oublier ceux qui sont partis, ce qui s’est passé. Apparemment, certains ne trouvent pas dérangeant de se prendre en photo devant, avec le sourire, les fesses posées sur le nom des policiers, pompiers, parents, enfants, morts sous la bêtise humaine. Les gens et leur tourisme à l’extrême m’ont toujours fait rire, mais là c’est très moyen. Je vois quelques minutes après un policier, en uniforme, le visage décomposé, promener son bébé en poussette, sa femme à ses côtés, des fleurs à la main. Le contraste est net.

Avec plus de légèreté, nous nous dirigeons vers un des plus célèbres et originaux des immeubles : le Flatiron  et son architecture incroyable.  Le coin est superbe, on y trouve un parc, des terrasses, et d’autres édifices du même genre avec cette couleur nougat et des formes arrondies. La route se prolonge jusqu’à la 5th avenue, où on retrouve le fameux Tiffany’s du fabuleux film Breakfast at Tiffany’s avec Audrey Hepburn. Le pique-nique du jour se fera les fesses posées sur les fameux rochers de Central Park ! Lui aussi, nous laisse sans voix. J’étais perplexe mais l’illusion est parfaite : en 100 mètres, on quitte le bitume et on a les yeux amoureusement plongés dans une petite mare champêtre, avec vieux pont et nénuphars. On se croirait à des kilomètres, puis on lève la tête pour retrouver la puissance des gratte-ciels, cachés par les plus hauts arbres. On passera l’après-midi à se perdre dans ce coin « nature » au milieu de l’une des villes les plus animées du monde, à admirer toutes les plus belles espèces d’arbres et de fleurs, bordant étangs et fontaines, zoo et statues, kiosques et scènes de spectacles. C’est magnifique. Je me réjouis de retrouver des petites tortues, gigotant tranquillement dans l’eau au milieu du parc dans le Turtle Pond. Tout y est pour ne vouloir qu’y passer ses après-midi entre copines, famille, couple. Tout est calculé au mètre prés, je le sais, mais on ne le voit même pas tellement c’est bien pensé. Des grandes allées longées de bancs sont surplombées par des arbres immenses, aux formes envoûtantes. Sous l’ombre de leurs feuilles, des gens profitent du spectacle, touristes ou résidents, en courant, marchant ou lisant un bouquin. Le temps passe vite, il faut donc se diriger vers le Top of the rock. Au passage on visitera aussi la Gare Centrale, somptueuse.

Quelques minutes d’ascension et on peut enfin t’admirer comme il se doit. Te voilà donc Manhattan, dans toute ta splendeur. Je découvre ton cœur vert, parfaitement carré, battre à l’unisson avec le béton qui l’entoure, et l’agitation qu’il génère. J’admire le soleil faire fondre ses dernières lueurs vers l’horizon qui, semble envahit par l’ampleur de la ville à perte de vue. Je laisse glisser mon regard entre chaque immeuble, les plus petits, les plus gros, les plus lumineux, les plus beaux. Pour se rendre compte, vous prenez la plus belle photo de NY que vous ayez vu, et vous multipliez ça par 1000. Et vous obtiendrez la sensation d’être perchée sur cette terrasse géante, en compagnie de vos deux potes, face à l’Empire State Building. On était tellement bien, qu’on est restées là du coucher du soleil jusqu’à la nuit totale, scintillante de petites étoiles artificielles, à travers les gratte-ciels. Un souffle de calme au sommet du bruit. Après ça, retour sur Time Square pour continuer à dépenser nos bourses, et manger un bon repas tant attendu au Hard Rock Café. Après s’être endormie dans nos assiettes, un taxi nous traîne jusqu’à l’hôtel pour recharger rapidement les batteries, et repartir le lendemain passer nos dernières heures à enrichir notre boîte à images.

Le lendemain, on croît mourir quand le réveil sonne. Non, on ne rentre pas, on reste là pour toute la vie. Bon n’ayant pas envie de rater nos excitants trajets en bus de 12h, qui nous feraient manquer nos stages, et nous placer en position d’échec scolaire, nous allons bouger nos fesses en direction des ferries de Staten Island, à la pointe de l’île de Manhattan, pour une micro-croisière gratuite à la fraîche jusqu’à la grande dame bleue : la Statue de la Liberté. On passe tout près, et vue sa taille impressionnante, on ne la manquera pas. On admire aussi la vue sur l’île de Manhattan, de l’autre côté de l’eau. Ce moment détente est parfait pour le dernier jour, histoire d’apprécier tous ces nouveaux souvenirs. On finit par remonter vers Wall Street, pour se souhaiter bonne chance avec les testicules d’un taureau (oui les gens créent des traditions étranges…) et je reprends la route vers le Canada beaucoup trop tôt, en dévalant les marches du dernier métro et laissant derrière moi mes braves compatriotes. Adieu USA, on se retrouvera.