A chaque Mister Freeze vient un coup de coeur artistique. Il faut remonter en 2015 pour notre première rencontre avec Gorg1 lors de la conférence de presse. C’était au In dans la première salle de l’espace cobalt que nous nous sommes retrouvées face à ses animaux, à cette fresque de Baleine mais aussi aux ours polaires, aux singes, aux éléphants.

Deux ans plus tard Gorg est de retour au Mister Freeze en Off, et cette fois nous n’avons pas manqué l’occasion de discuter un peu sur son travail.

Gorg est ce genre d’artiste généreux dans son art qui aime l’interaction avec le public et n’hésite pas à discuter avec toute personne curieuse de ses peintures :

« il ne faut pas oublier que le graffiti, la peinture ça vient de là, ça vient de la rue, du populaire et j’aime continuer à travailler un petit peu là dedans »

C’est toujours en adéquation avec ses valeurs qu’il prépare un nouveau projet « Ville Musée » à la ville du Port à la Réunion (où une action similaire avait été réalisée à St Denis): « On intervient dans les quartiers pour les quartiers et pour les gens, avec tout un travail fait en amont avec les écoles, les associations de quartiers etc« . Le projet vise à embellir des quartiers à travers des façades peintes ou des contre-plaqués peint au préalable par des artistes dans des écoles puis placardés dans les rues.  

L’interaction avec le public est donc au centre du travail de Gorg, qui en commençant à peindre pour le regard des autres s’est rendu compte que l’échange était plus fort quand il a commencé à peindre pour lui, il y a 6ans. Un paradoxe qu’il explique très bien : « Le fait de peindre pour soi, d’être honnête avec soi-même, forcément t’es ouvert aux autres plus facilement; alors que quand tu peins que pour les autres c’est toujours un peu faussé parce que toi tu sais pas trop où tu te situe et l’autre en face il sait pas :  »est-ce que tu le fais pour lui, est-ce que tu le fais pour toi? » Alors que quand t’es très clair,  »moi c’est ça et voilà », du coup on te parle, c’est plus facile d’échanger. » 

source: http://www.gorg1.re/portfolio/evasion-2/
source: http://www.gorg1.re/portfolio/evasion-2/

Cet échange on s’est demandé s’il différait selon les villes où on intervient, hypothèse que Gorg a confirmé : dans la ville du Port, ville tournée vers la culture depuis 20ans où les actions artistiques n’y sont pas rares il existe une vraie « relation avec les gens des quartiers même s’ils n’ont pas accès à l’élite des galeries, il n’empêche qu’ils sont habité à voir des acteurs culturels qui viennent dans leur quartiers, les interactions se passent super bien, on échange, on discute.. » Il remarque une vraie différence avec d’autres villes où « quand on intervient dans les quartiers y’a moins d’action culturelle, les gens ne sont pas venus vers nous, c’était plus compliqué pour aller vers eux. Le travail est plus important au point de vue social, l’accueil est différent ils n’osent pas venir te voir, c’est plus à toi d’aller les chercher. » Sans pour pouvoir encore parler de la métropole où il viendra peindre à Paris en novembre puis à Toulouse en mars, il précise qu’il a également eut des échanges avec les habitants des quartiers chinois où il a eut l’occasion de peindre. 

Son meilleur souvenir reste sa résidence à l’Institue Médico Educatif en 2015 : « au début j’étais super anxieux, j’avais peur de voir ce que j’allais faire avec eux, comment eux vont réagir, qu’est-ce qu’ils sont capables de faire ou pas, jme suis posé beaucoup de questions. Au final tu tombes sur des gens, sur des perles, qui ont envie, qui sont motivés qui sont jamais à râler. Ya des difficultés qui apportent des contraintes que tu apprends à contourner et ça apporte des supers choses comme cette grande façade sur laquelle je les ai fait participer alors qu’ils gardaient les pieds sur terre: ils sont jamais monté sur la nacelle mais ils ont fait une façade.« 

Ces façades que Gorg peint, il les peint à l’instinct. C’est aussi sûrement pour ça qu’on aime autant son travail: il s’y dégage une vraie sensibilité à travers ses animaux, une poésie réalisée par son tracé puis par le processus de colorisation qui est à la base de son travail. Ce tracé à la base de ses oeuvres est unique: « c’est vraiment quelque chose que je veux plus instinctif, c’est laisser parler plus ton corps, la mémoire qu’il a avec la gestuelle, avec mes grands bras, mes grandes jambes , comment jpeux faire? j’trouve ça super interessant parce que dans ce geste là tu vas faire des erreurs et ces erreurs bah c’est moi, c’est pas quelqu’un d’autres c’est pas un ordinateur, ça rend le truc unique, les accidents sont là pour apporter de la pêche au dessin. (…) je fais le truc comment ça vient et j’en aurait jamais deux fois le même.« 

Comme beaucoup de gens, c’est ce tracé propre à Gorg qui m’a interpellé lorsque j’ai vu ses oeuvres la première fois. Un tracé qu’il est en train de développer et qu’il a présenter sous forme de gravure pendant le Mister Freeze 2017. Un tracé qu’il a pourtant du mal à montrer malgré la demande: « ça me dérange toujours parce que c’est fait en 2 minutes, même si ça fait des années que je le travaille pour qu’il soit fait en 2 minutes. J’ai l’impression que les gens en face vont dire qu’il n’y a pas assez de travail alors que c’est faux mais au final je me suis dis que c’était une bonne alternative pour moi de passer par la gravure où il y a du travail, du coup ça me fait même moi accepter plus facilement le tracé. J’aime l’effet de la trace dans le métal dans l’objet, l’objet que ça rend. » 

Mister Freeze 2015
Mister Freeze 2015

Si Gorg se diversifie à travers la gravure, ses outils de prédilection restent la bombe et la peinture. Comme nous le faisons à chaque fois, nous lui avant demandé où il se situait par rapport au graffiti et au street art. Bien qu’ayant découvert la bombe avec un graffeur et faisant parti du crew LCF fondé par son ami Reso, Gorg affiche une position rare d’honnêteté dans un milieu où les barrières sont de plus en plus floues entre les genres artistiques :

« Je ne suis pas un graffeur, j’ai pas du tout grandi là dedans, oui ça m’a toujours attiré ça m’a toujours plu mais j’ai jamais franchit le pas. Je suis pas quelqu’un qui vient de la rue, je vais pas le revendiquer j’ai trop de respect pour eux pour dire je suis un graffeur. J’peins sur des murs dans la rue, j’aime l’outil, j’aime la rue, l’immensité que ça apporte, le travail qui du coup t’implique entièrement le corps et la tête c’est ce qui m’intéresse beaucoup dans ce travail là. » 

Ce travail vous pourrez le retrouver à Paris en Novembre, puis si vous êtes dans le coin en Chine puis à l’île Maurice pour un festival. Ensuite Gorg reviendra à Toulouse en mars 2018 lors de la foire internationale au parc des expositions. Invité par Reso à faire une oeuvre participative, il sera présent sur un stand dédié aux enfants et aux familles : « faire participer le public désacraliser l’art, le fait que les gens puissent le toucher, se l’approprier, c’est quelque chose d’important.« 

 

Mister Freeze 2017 ; source : https://www.facebook.com/GorG-one-133717376721772/
Mister Freeze 2017 ; source : https://www.facebook.com/GorG-one-133717376721772/

En attendant il ne vous reste que ce week-end pour aller admirer ses cerfs et ses oiseaux au Mister Freeze. Nous avons d’ailleurs fini cette interview en lui demandant son ressenti par rapport à l’édition de 2015 :

« De la balle! C’est beaucoup plus gros, une grosse grosse claque, avec énormément d’artistes avec qui j’ai échangé. J’ai l’impression que même si y’a plus d’artistes ils sont malgré tout tous super sympa. Etant sur une île à la Réunion des fois on peut avoir l’impression de tourner en rond de voir toujours les mêmes choses toujours les mêmes personnes, après y’a de chouettes personnes et de chouettes rencontres malgré tout, et là tout à coup tu te retrouve dans un autre univers, c’est limite ‘’au secours y’a trop de monde’’! Mais par contre un super accueil, des gens super, de supers rencontres et une organisation toujours au top malgré la folie de ce qu’il y a à faire. Le résultat il est là : 5200 personnes hier (-dimanche-) c’est pas rien quoi. La première fois j’étais dans le In, un peu plus neuf dans le métier j’étais beaucoup plus stressé, là franchement jsuis plus détendu même si jme suis mis en danger par rapport à mon tracé où j’ai fait une prise de risque, j’étais quand même un peu stressé sur le retour par rapport à ça, au final j’avais pas à l’être parce que ça s’est très bien passé. Donc plutôt détendu par rapport à la première fois.« 

On remercie Gorg1 pour avoir répondu à nos questions, pour son temps et son accessibilité. Son portrait marque un renouveau pour Touch-Of-Grand sur l’année 2017 et nous sommes ravis d’avoir commencé cette rentrée avec un artiste qui n’aime pas les étiquettes, comme nous, véhiculant des valeurs qui nous sont chères comme le respect du graffiti, l’ouverture aux autres et la désacralisation de l’art.

Vous pouvez suivre son travail sur sa page facebook & son instagram

source: http://www.gorg1.re/portfolio/
source: http://www.gorg1.re/portfolio/

PS : si vous vous posiez la question, son animal totem est un hybride de baleine, cerf et oiseau