En chaque dernier weekend d’octobre à la Grande Halle de la Villette se produit, depuis maintenant 4ans, un phénomène étrange. Une foule de jeunes gens ultra branchés se réunit pour célébrer la quintessence de la musique indépendante à l’occasion du Pitchfork Music Festival. 3 soirs durant, des groupes dont le commun des mortels n’entendra parler que d’ici 1 ou 2ans se produisent sur les 2 différentes scènes. Cet événement, à l’initiative du pointu magasine musical Pitchfork est devenu légion pour tout mélomane avide de découvertes. C’est donc naturellement qu’on a été y faire un tour, et que dans notre immense générosité, on vous raconte notre périple, parsemé de bières et de burgers.

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Les festivités débutent donc le jeudi 30 octobre aux alentours de 18h30. C’est Ought qui ouvre le bal. Dans un registre complètement différent, How to Dress Well prend le relai sur la scène d’en face et charme la foule à l’aide de r‘n’b et de voix suave. Enfin ça, c’est ce qu’on nous a dit, parce que pour raisons indépendantes de notre volonté, on vient seulement d’arriver. On passe les portes de ce qui s’est mué en temple pour hipsters non sans encombres puisque la sécurité a décrété qu’il fallait d’abord faire un détour par la consigne pour y déposer mon polaroïd, objet non autorisé. Un première, puisqu’il m’a accompagné dans toutes mes autres escapades musicales de l’été. Passé cela, on se dirige vers l’intérieur de la Grande Halle, pile poil pour le début de The Notwist. Le groupe est surexcité mais malheureusement, on a du choisir une mauvaise place car le son saturait beaucoup. Au bout de 30 minutes on décide de faire un tour vers les stands. Après une partie de Pong géant, au tour de The War on Drugs. Moins sympathique qu’à l’Optimus de Lisbonne, Adam Granduciel enchaine les morceaux sans grand entrain. Il faut attendre « Best Night » pour voir la foule sautiller gentiment. Retour du coté de la scène Rose ou une foule s’est déjà massée. Mogwai entre en scène et une ambiance brumeuse s’empare de la salle. Les mélodies sont abyssales et mystérieuses. Le public semble conquis, nous un peu moins. Pas très communicatifs, concentrés sur leurs instruments, les indépendantistes écossais ne nous séduisent pas vraiment. Le live est le même qu’à Primavera, c’est à dire sans surprises. On va se prendre une bière. Jon Hopkins rapplique et son « Collider » bombarde d’une techno semblable à des coups de poing la Grande Halle qui se réveille enfin. Il est 23h et arrive le moment tant attendu. Dans ce qui ressemble a une marche sainte, la salle forme un autel autour de la scène Verte pour l’arrivée de James Blake. Le moment est grand. Les morceaux s’enchainent, crescendo, et portent les fidèles dans une sorte de transe messianique. Les premières vocalises de « Retrogade » tintent et on se dit qu’on a vraiment bien fait de venir. Le temps n’existe plus. James termine et laisse orpheline une assemblée béate.

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 Le vendredi, c’est une autre paire de manches. La programmation ne nous emballe pas plus que ça, hormis Mø qu’on attend avec impatience. Mais haut les cœurs, c’est Halloween. Arrivée à 19h, c’est raté pour le grunge de Perfect Pussy, D.D Dumbo et la moitié de Son Lux. En revanche, on est aux premières loges pour voir débarquer les dingues de Future Island. Grimés en sorcières et vampires, le groupe nous livre un live endiablé. Vient le tour de Mø. Elle aussi a joué le jeu et secoue la Grande Halle dans ses apparats de squelette. Suite à ça, Chvrches et leur electro-pop gentillette sonne un peu trop sage. On décide d’aller voir dehors pour éviter St Vincent, et finalement prendre part à l’anti soirée qui se déroule dans le stand Smart. Deux DJ passent un kamoulox de chansons bien kitsch, mais la formule semble fonctionner puisque les gens sont déchainés. Au bout d’une bonne heure de grand n’importe quoi, retour du coté de la scène Rose pour Belle et Sebastian. Très doux, un peu trop peut être ; la jolie folk du groupe n’est pas vraiment appropriée en cette fin de soirée. Il est presque 1h du matin et le festival ferme ses portes pour mieux préparer la folle journée du lendemain.

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19h30 samedi, dernier jour. Les basses de MOVEMENT résonnent jusque dans le jardin de la villette. On entre pour Foxygen. Le groupe annonce la couleur en délivrant un véritable show, à renfort de choristes et d’une chorégraphie complètement folle dont seul Sam France à le secret. Puis Tune Yards et leur pop sauvage, presque tribale fait se trémousser le public. Encore une fois, petit hic quant à la transition, car c’est José Gonzales qui suit. Le leader de Junip ici en solo dévoile des morceaux fragiles et touchants, mais refroidit un peu l’ambiance décalée qui s‘était installée. Fort heureusement, Jungle est là pour réanimer la Grande Halle. Et c’est sans aucun doute le meilleur concert de tout le festival. Les anglais attisent l’assemblée en amorçant un « The Heat » tout en longueur. Puis c’est l’explosion. Les morceaux s’enchainent,  presque trop vite, chacun déchargeant une énergie folle. Le très smooth « Lucky I got what I want » met tout le monde d’accord, mais c’est « Busy earnin’ » qui s’impose comme point culminant et sonne le glas du concert. Il faut quelque instants pour redescendre et se remettre de ce qu’il vient de se passer. C’est à Caribou que revient la difficile tache de poursuivre, et malgré un début un peu tiède, « Odessa » vient embraser la foule. L’hymne « Can’t do without you » reprise en cœur par la totalité de la salle signe l’apothéose de ce moment interstellaire dans un lâché de ballon à la limite du féérique (!!!). Il est 1h30 du matin et la faim se fait sentir. Un cornet de frites et nous voilà repartis pour le set Four Tet, dont la perfection ne nous étonne même plus. Jamie XX prend le relais et immerge la salle de sonorités aquatiques. Programmé à tous les festivals qu’on a pu faire cet été, Jamie n’a plus rien à nous prouver. Le sample de « Can’t do without you », comme un dialogue au sommet, fait sourire, celui de « Ring my bell » un peu  moins. La suite est un peu floue, difficile de s’y retrouver, noyés dans tant d’excellence. C’est Kaytranada qui vient nous ramener à la réalité. Il fallait bien que ça arrive, mais le set du petit Louis Kevin était un peu en dessous. Entre défaillances diverses et interruptions intempestives, on doit dire qu’on est un peu déçus. La soirée s’achève sur un beat-box improvisé. Il est 6h du matin, les techniciens ont déjà commencé a démonter les scènes et la plèbe prend la direction du métro. La rame est déjà blindée, dur retour à la vraie vie.

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– Salem