Lost River raconte l’histoire d’une ville qui se meurt, avec des personnages au bord du gouffre, des maisons qui se consument et un grand gaillard qui fait la loi (le génial Matt Smith). Malgré un sujet déjà-vu, Ryan Gosling décide de traiter l’affaire à la manière d’un conte noir. Le pari est réussi selon moi. Mais tout le monde ne sera peut-être pas de cet avis. Explications…

lost river velo

Le film se présente en deux temps. Une première partie déroutante tout d’abord. Il me faudra quelques minutes pour rentrer dans le film. Les changements de séquences sont décousus. Ces premières minutes s’en vont chercher du côté du film expérimental. Cela plaira ou déplaira…mais une chose est sure, cela inscrit le film dans un univers particulier.
La deuxième partie nous plonge réellement dans l’histoire et nous affirme que, désormais, nous allons glisser dans un univers pesant, lourd mais aussi de plus en plus fantasmé, qui frôle l’imaginaire, le rêve, voir le cauchemar. Le thriller prend forme. Ce glissement permet de mieux comprendre là où veut en venir Ryan Gosling, l’intérêt du film se révèle à nous dans cette dernière partie, voir à la dernière image.
Cependant, là aussi, Gosling tend à nous perdre en construisant des images très différentes qui ne semblent pas toujours être coordonnées : on passe d’un univers à la Terrence Malick à celui de Nicolas Winding Refn en un rien de temps.

Les acteurs, quant à eux, sont tous géniaux, mais soulignons qu’ici les lieux sont aussi des personnages. La maison de Rat, la voisine (jouée par Saoirse Ronan) est un univers à part entière qui a l’air de sortir de l’espace-temps. Idem pour l’étrange endroit où travaille la mère de Bones (jouée par Christina Hendricks). Les rues sont ponctuées de maisons qui brûlent et au fond de la ville, une rivière magique s’étend. Le terrain de jeu de Bones : des usines désaffectées et graffées sont aussi l’un des fils rouge de l’identité visuelle de Lost River.

Finalement, en créant un film qui se ressemble à aucun autre, Ryan Gosling crée son propre univers. Le film nous perd et nous rattrape sans cesse, ce qui en fait sa force et sa faiblesse: un premier long-métrage qui vaut le détour tant il est singulier!
Ceux qui aiment les films originaux apprécieront. Les autres, laissez-vous guider par votre curiosité, vous risquez de tomber sous le charme ! Car, oui, par son audace, ce film a vraiment beaucoup beaucoup de charme.