Il est souvent dit que les femmes ne sont pas assez représentées dans la sphère artistique. Pas assez de femmes artistes, pas assez de femmes réalisatrices, pas assez de femmes photographes…Cet hiver, Paris dément ce postulat et met à l’honneur la femme dans plusieurs de ses expositions. Voici une sélection d’expositions qu’il ne faut absolument pas rater en cette fin d’année !

  1. L’exposition Sophie Calle et Serena Carone au musée de la chasse et de la nature.

Etonnante, magique, onirique, poétique sont autant d’adjectifs qui qualifient cette exposition à laquelle personne ne peut s’attendre réellement. Le musée de la chasse et de la nature accueille, cet hiver, les artistes Sophie Calle et Serena Carone.

Avant d’arriver au musée, une question nous taraude : mais comment exposer, dans un même lieu, des œuvres si différentes ? Comment le travail de Sophie Calle et les collections permanentes du musée de la chasse vont-ils pouvoir coexister ?

La réponse est là, sous nos yeux, dès notre arrivée et cela en est magique. Les œuvres de Sophie Calle et de son artiste invitée, Serena Carone, se mêlent intimement aux œuvres du musée de la chasse. On ne fait plus la différence entre ce qui appartient au lieu et ce que les artistes ont créé. Une étrange poésie se raconte alors tout au long du parcours, tantôt onirique, tantôt burlesque. Les récits de Sophie Calle et les céramiques de Serena Carone dialoguent avec les animaux empaillés et se jouent du public. L’espace et les œuvres transportent littéralement le spectateur. Tout nous emporte et on ne voudrait plus jamais sortir de ce monde enchanté. En début de parcours, une salle est réservée au dernier travail de Sophie Calle sur la mort de son père. Un ensemble de pièces d’une extrême douceur.

Cette exposition est remarquable parce que l’on ne s’y attend pas. La scénographie y est si différente des musées d’art contemporain traditionnels. Le discours des artistes est non seulement mis en valeur mais aussi porté à son paroxysme par l’ensemble des œuvres présentes. Courrez y pour vivre un moment hors du temps !

 

Serena Carone, Pleureuse, 2012

Beau doublé, Monsieur le marquis ! –  Sophie Calle et Serena Carone – Musée de la chasse et de la nature – Jusqu’au 11 février 2018.

  1. L’exposition Barbara à la Philharmonie 

Depuis le 13 octobre dernier, la philharmonie de Paris met à l’honneur la chanteuse française Barbara. Cette dernière a d’ailleurs beaucoup fait parler d’elle ces derniers mois : cycle de concerts à la Philharmonie, encarts dans le métro à l’effigie de ses chansons, même Mathieu Amalric en a consacré un film en septembre dernier. Pas vraiment au-fait de la carrière de cette artiste, nous nous sommes tout de même rendue à la fameuse exposition. Et quelle surprise !

L’exposition nous peint le portrait d’une femme née artiste qui n’avait pas d’autres choix que de l’être. C’était une question de vie ou de mort. L’exposition nous renseigne. Barbara n’a pas eu une vie facile. Elle a dû fuir. Souvent. Cela a fait d’elle la chanteuse que l’on connait et qui est célébrée dans cette exposition : une femme forte et déterminée, mais malgré elle, à fleur de peau. C’est ce mélange de force et de sensibilité que l’on voit dans ses yeux et que l’on entend dans sa voix et dans ses chansons. Chansons que nous ne connaissions pas. Ou pas assez bien. De l’époque de Jacques Brel mais de sa grandeur, aussi, surtout. Des chansons que l’on entend tout au long du parcours et qui nous plonge dans un passé que l’on aurait sans doute aimé connaitre.

De surcroit, la scénographie est excellente et rend palpable la vie de l’artiste mais aussi la vie de l’époque : Saint Germain des Près comme point de chute des artistes et des poètes.

Si, comme nous, vous ne connaissiez pas Barbara, vous tomberez sous le charme. Si vous la connaissez déjà, vous risquez d’être bouleversé.

Exposition Barbara – Philharmonie de Paris – Jusqu’au 28 janvier 2018.

 

  1. Days are Dogs : carte blanche à Camille Henrot au Palais de Tokyo 

Il y a quelques semaines, nous nous sommes rendus, avec curiosité, à l’exposition de Camille Henrot au Palais de Tokyo. Lors de cette exposition, nous avons été plongés dans la sensibilité de cette dernière et son rapport au monde. Sa façon de voir les choses et d’appréhender chaque jour de la vie. Ou plutôt chaque jour de la semaine. Car, oui, cette exposition est une réflexion autour des jours de la semaine et les conceptions psychologiques ou réelles que l’on peut en avoir.

L’exposition se découpe ainsi : une pièce ou un ensemble de pièces correspondant à un jour de la semaine. L’exposition débute par le samedi : « les bruits du monde et de la semaine se taisent et laissent la place à la divination et au sacré ». Les jours se suivent ensuite jusqu’au vendredi. Même si cette exposition nous a paru franchement cérébrale, parfois peu subtile et manquant de qualité, il faut tout de même souligner le caractère ludique du parcours. Nous étions, malgré nous, avide de savoir ce qui allait se passer, le jour suivant. Quelle conception, quel sentiment avaient ils été développés et comment Camille Henrot et ses artistes invités avaient-ils choisi de mettre cela en image. Notons également que l’inégalité des salles, nous a permis d’être émerveillés au moment d’entrer dans la dernière pièce où un mélange de calme, de sérénité et d’amour s’entremêlent pour finalement nous soulager. Du poids de la semaine peut être. N’était-ce pas cela le but, finalement ?

 

Days are Dogs – Carte blanche à Camille Henrot – Palais de Tokyo – Jusqu’au 07 janvier 2018.

 

  1. L’exposition Women House à la Monnaie de Paris 

De loin l’exposition la plus engagée de cette fin d’année, Women House est plus qu’une ode à la féminité. C’est une ode au féminisme. Les artistes qui exposent à la Monnaie de Paris sont des femmes, qui, à un moment ou à un autre, par leurs œuvres, on décrié un combat qui n’est toujours pas gagné. L’exposition prend comme point d’appui la maison comme espace physique et mental symbolique de cette lutte.

A la fois historique et réflexif, le parcours se décline sous plusieurs thématiques : les « desperate housewives », la « maison de poupée », « la maison cette blessure »… Le but de cette exposition n’est pas d’en apprendre plus sur les artistes exposées mais de mettre en perspective un travail artistique et une lutte sociale bien réelle. Comment l’art peut-il témoigner, montrer, exorciser ce vieil adage comme quoi la place des femmes serait à la maison ? La force de cette exposition est également de retrouver des artistes célèbres comme plus confidentielles et de montrer comment chacune d’elles perçoivent la maison. Cage ou lieu de création ? Rendez-vous avant le 28 janvier pour découvrir une exposition à la fois plastique et politique.

Claude Cahun, Selfportrait (in a cupboard) 1932

Women House, la maison selon elles – La Monnaie de Paris – Jusqu’au 28 janvier 2018.

  1. Femmes du monde de Sebastiao Salgado et Marc Riboud à la Polka Galerie

C’est dans le Marais que nous vous proposons de finir ce périple avec l’exposition Femmes du monde de Sebastiao Salgado et Marc Riboud. Majoritairement en noir et blanc les tirages de cette exposition replacent le spectateur dans une Histoire du monde et de la femme. Les deux photographes subliment ces femmes anonymes ou célèbres dans leurs univers, captant leur regard, leur sensibilité, leur culture et parfois leur vie. Les deux artistes, même s’ils sont des hommes, nous rappellent avec bienveillance que les femmes, elles aussi, ont fait l’histoire. Et le monde.

Salgado, Nigeria 1960

Femmes du monde – Sebastiao Salgado et Marc Riboud – Polka Galerie – Jusqu’au 20 janvier 2018