Dans la vie il n’y a pas de sous métier. Mais que ce soit pour le travail le moins médiatisé du monde ou pour représenter la plus haute sphère de l’État, on ne plaisante pas avec le style. Tous les 15 jours, une analyse profonde, mais pas trop, du respect du style au sein de professions variées.

Mode et Présidence.

Au plus haut sommet de l’Etat plus qu’ailleurs, l’image que renvoie le Président à ses concitoyens est essentielle. Impensable pour le chef des armées de paraître négligé, la veste mal taillée ou la chemise sortie. Même si l’adage dit que l’habit ne fait pas le moine, dans ce cas précis il y contribue. Pourtant, tous n’y ont pas accordé une importance similaire.

Charles de Gaulle : Quand on évoque le Général, trop de mots viennent à l’esprit pour en distinguer un seul. Malgré tout, d’un point de vue purement stylistique, avoir connu ses allocutions télévisées c’est avoir le souvenir d’un homme toujours tiré à quatre épingles, une prestance naturelle du haut de ses 196 centimètres, et un costume de Président qui s’enfile tout seul. La veste toujours fermée en V, à peine dix centimètres de cravate visible. Le Général c’était l’élégance républicaine, ni plus ni moins.

Jacques Chirac : Qu’on se le dise, le Président Chirac a toujours eu la même allure et prestance en tant que chef de l’Etat. Le pantalon remonté jusqu’aux côtes, et la veste impeccable, du haut de son mètre presque 90. Mais pour le style, Jacques c’est une certaine idée de la vie, la coolitude politique, même quand il fraude le métro. Jacques c’est la sieste dans l’avion, les lunettes en mousse sur les yeux et les charentaises sur la tablette. C’est descendre dans les vestiaires en 1998 et troquer sa veste de Président contre le maillot de l’équipe de France affublé du numéro 23. Ce soir-là Jacques aussi était un peu champion du monde.

 

Nicolas Sarkozy : S’il y a une chose avec laquelle Nico ne plaisante pas, c’est le style. Exit les excentricités de son dressing comme les chemises à rayures rouges ou les cravates à losanges, vagues souvenirs de ses années ministérielles. L’Elysée ça vous change un homme, et son style. Des costumes propres et simples, la touche de la sobriété. En 2007 il osera même le col roulé sous la veste, pour une ballade au plein air. Il y a presque un coté poétique là-dedans. On l’apercevra en nœud-papillon pour les grandes réceptions en compagnie de Carla. Et quand il n’en porte pas, sa crave est droite, lui.

François Hollande : En 2012, si la mode espérait trouver de quelconques lettres de noblesse à travers le chef de l’Etat, cette ambition est morte née le jour de l’investiture. Passation de pouvoir entre Nicolas et François, moment solennel scruté par tous le pays. Crise cardiaque des styles et syncope des couturiers, François porte sa cravate de travers et sa manche droite dépasse de cinq bons centimètres. Chat noir avant l’heure, François saluera la foule des Champs-Elysées sous la pluie, invité inattendue du jour. Costard mouillé devant le soldat inconnu, qui lui était au sec. Depuis, le styliste de l’Elysée s’arrache les cheveux. L’accession au trône de François pose une interrogation majeure dans le monde de la mode : est-il réellement trop couteux pour un président de s’acheter une pince à cravate ? Le site http://www.francois-tacravate.fr relève à ce jour 423 fautes sur 848 apparitions publiques. Courage François.

Le carton rouge du style.

Ils n’ont jamais été présidents, mais ils méritent un carton rouge pour avoir osé.

_ Roselyne Bachelot pour les Crocs roses.

Cette femme a été ministre, et est aujourd’hui animatrice sur D8. L’information elle-même suffit pour justifier son niveau de compétence. Poste pour lequel elle touche aujourd’hui 250 000€ par an. Quand même. Pour le style, elle a osé les Crocs roses un jour de conseil des ministres. Suspension à vie.

_ Nadine Morano pour … tout.

En mai 2012, peu après que François ait été promu délégué de classe, Cécile Duflot se ramène au conseil des ministres en Jean. Nadine Morano s’indigne (pour changer), et tire à boulets rouges sur son homologue. Venant d’une femme qui s’y rendait elle même en mini-jupe ou en cuissardes, c’est amusant. Alors carton rouge à Nadine, pour l’ensemble de son œuvre, que l’on pourrait résumer à Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Par Brice Christen