Pendant mes trois mois au Canada, j’ai eu pas mal d’occasions de visiter, dont l’incroyable Montréal ! Un long week-end de 3 jours pour retrouver copines et langue maternelle. Prise de décision soudaine, me voilà assise deux jours après dans le train jusqu’à Montréal, dans lequel je rencontre un Montréalais qui passera le reste du voyage à me retracer l’histoire de sa ville. Il parle français mais est de base anglophone, et on démarre une conversation franglais plutôt intéressante. J’apprends donc qu’une communauté anglophone subsiste difficilement à Montréal au milieu des francophones, après une petite révolution de ces derniers dans les années 70. Leur identité française était pour eux trop laissée de côté avec l’emprise de l’anglais. Il y avait en gros, issus d’un héritage historique, les anglophones riches, et les francophones de la classe moyenne. C’est donc eux qui ont décidé de généraliser le français dans le Québec. Résultat, beaucoup d’anglais sont partis vers les autres états (Ontario par exemple) mais tous n’ont pas cédé. C’est pour ça qu’on trouve à Montréal, des quartiers totalement anglophones, avec universités qui vont avec, et qui seraient réservées à cette communauté. Je sens bien l’amertume dans ses mots, donc je prends tout ça avec des pincettes, il y a sûrement du bon des deux côtés… En attendant, ça me maintient éveillée et j’en ai bien besoin. Le moment histoire passé, ce gentil jeune homme me prête même son Ipad pour le trajet, m’accompagne au métro, et m’indique par où je dois passer, avant de poliment me saluer. Canada, mon amour… Je retrouve ensuite mes deux potes, qui elles font leur stage au Québec, et je ne peux plus m’arrêter de parler ! Le français me revigore, après un mois et demi sans le pratiquer en live. On commence par la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont Royal, à l’allure de Sacré-Cœur. L’intérieur n’en est rien, bien plus moderne, mais il persiste une grosse similarité avec Paris : une vue imprenable sur la ville, qui met en appétit sur les choses à faire les jours suivants. Les premiers clics retentissent, début d’un séjour sans lâcher l’appareil photo.

             

Nous poursuivons tranquillement dans le joli parc du Mont-Royal. Le lac y est encore gelé (on est en mai, je précise…), et on voit les écureuils gambader entre les arbres. Après avoir marché ce qu’il nous semble être une décennie, nous posons nos petits pieds abîmés sur les premières marches de notre auberge (Chez Jean… C’est le nom, pas le gars qui la possède… enfin peut-être que si, mais bref). Repère à la hippie, haut en couleurs, en dreadlocks et en musique. Ici, économie de place, d’eau, d’électricité. On se retrouve donc dans une petite chambre de 4, au milieu de ce cocon parfumé à l’encens et à la détente. On se serait cependant bien passé de la perchée qui fait ses prières bouddhistes à 6h du matin, téléphone à 8h et joue de la guitare à 10h. Dans notre chambre. De 10m². Joies des auberges de jeunesse… On se retrouve ensuite pour déguster notre dîner (poutine-burger), premier d’une série de repas très diététiques, et on finit dans un pub irlandais, histoire de vider quelques pichets locaux, et de profiter de l’ambiance chaleureuse de cette région. Sur la route, on découvre le nombre  impressionnant de tags, qui avait de quoi surprendre une toulousaine il y a 4 ans. Même si la tendance est clairement à la hausse depuis, ils avaient clairement une longueur d’avance (comme d’hab).

Le lendemain matin, visite du Vieux-Montréal. Avant les gratte-ciels, les premières briques. On foule les pavés en voyant les époques s’enchaîner comme les bâtiments devant nos yeux. C’est assez touristique. D’ailleurs, on se retrouve rapidement à déguster du sirop d’érable, sous les bons conseils d’un vendeur, aussi passionné qu’aimable. Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit : j’ai passé 3 mois à en manger tous les jours, et j’ai perdu du poids… Je dirai que c’est comme la pluie en Bretagne : ça ne fait grossir que les cons.  On continue vers le port. Bon, lui aussi est gelé, donc ce n’était certainement  pas le moment le plus intéressant de l’année pour s’y rendre. Un coucou aux mouettes, et on remonte par le quartier latin. Et là, coup de foudre ! C’est coloré, c’est culturel, c’est métissé, c’est vivant ! Des cinémas partout, des graffs dans chaque recoin, des façades couleur pastel. On se pose pour réfléchir au reste de la journée : des envies d’art moderne apparaissent bien évidemment à ce moment-là.

On trace vers Sainte-Catherine, le cœur de la ville, à la recherche de nourriture. On passe par une place où on trouve des balançoires musicales, où on voit plus d’adultes que de petits. On s’y amuse aussi, et on reprend la route avant de devoir gerber. Poésie bonsoir, manque d’entraînement. Pas loin de la Place des Arts, il est évidemment temps de faire un tour au Musée d’Art Moderne. Il y en a pour tous les goûts, même une vidéo d’une femme nue qui apprivoise un cheval. Ça a le mérite d’attirer l’œil…Blague à part, c’est évidemment à faire.

On finit la journée sur l’île Sainte-Hélène, à admirer l’étrange structure en métal qui y trône, derrière laquelle se cache le centre de Montréal. C’est à couper le souffle. J’aurais pu y rester des heures, tout semble si paisible depuis là… Le retour au centre aura été compliqué, les Canadiens de l’équipe de hockey jouant un match important le soir même, et avec ça, on ne rigole pas. Les files de voitures n’en finissaient pas, et notre bus s’est retrouvé en plein dedans. On a ensuite couru pour arriver à temps à ce fameux match, qu’on a regardé dans un bar contenant pas moins de 27 télés, dont deux dans les toilettes. Impossible de parler, et donc de ne pas suivre le match, avec le bruit et l’ambiance qu’il y avait. On aurait dit que chacun risquait sa vie, c’était génial. De la bière, une côte de bœuf et des frites : voilà qui accompagne bien une victoire des Canadiens. On finira la soirée au Divan Orange, bar sur le Boulevard Saint-Laurent. On assiste à deux concerts pop-rock, entre deux matchs de baby-foot perdus face à des québécois bien entraînés, et une sangria à la limonade. Bon, fallait pas s’attendre à sentir les castagnettes remonter dans sa trachée au Canada, mais bon, c’est plutôt étrange ( je découvrirai plus tard en Espagne qu’en fait, ça ne l’était pas tant que ça). Sinon, bar très sympa pour une soirée tranquille.

             

Le lendemain, dernier jour, on part faire les boutiques. On commence par le boulevard St-Laurent, farci de friperies de tous les genres, et de tous les prix. Le bonheur en coton ! Il faudrait passer une semaine à fouiller dans ces jolies pièces, tantôt retouchées, tantôt intactes. Avant d’enchaîner vers du neuf, on fait une pause poutine à la Banquise, conseillée à maintes reprises. On s’installe vite pour déguster cette avalanche de gras et de sauce, avec ferveur. Un pur délice, à la hauteur de sa réputation. Bien différente de la poutine de trois heures du matin, entre deux bars douteux. Bien sûr, personne ne finit. A peine le ventre rempli, direction Sainte-Catherine. On se retrouve dans le Montréal sous-terrain en sortant du métro. C’est le centre commercial géant qui permet aux habitants de ne pas mettre le nez dehors pour aller faire leurs courses par moins 30, un peu comme à Toronto. En tout cas, ça a plus de gueule que Carrefour Portet (pardonnez mes références). Mais on n’avait pas encore vu la destination finale. Là, c’est vraiment surréaliste. Des gratte-ciels poussent des deux côtés de la route, je me sens ridicule face à tout ça. Ces montagnes de verre et d’acier, qui surplombent la ville, en accumulant tant d’étages, tant de matière. Là, je me sens vraiment en Amérique. Toutes mes marques préférées sont là. On essaye d’être efficaces mais on sent que la fatigue arrive, et qu’il devient difficile d’affronter les 6 étages de Forever 21… Je repartirai avec une robe et mes Vans Old School aux pieds (toujours vivantes après 4 ans de bons et loyaux services), pour soulager mes pieds qui n’ont pas supporté les bottines pour courir le marathon.

Bilan : je suis  tombée amoureuse de cette ville, déjà tant appréciée par bon nombre de mes copains voyageurs. Tant de cultures mélangées, ça ne peut que faire qu’un bon cocktail. Encore une fois, il n’y a peut-être pas mille choses à voir, mais je pense qu’il y a un milliard de trucs à vivre. Et je compte bien y retourner pour finir de le découvrir.